Soigner par le jeûne avec Feyza, médecin généraliste #56

Dans cet épisode, j’ai eu le plaisir d’accueillir Feyza, médecin généraliste qui a abordé avec nous les bienfaits du jeûne.

Durée de l’épisode : 22 minutes

Date de publication : 17/03/2024

Résumé de l'épisode

Introduction et annonce de l’ebook (0:00)

Dans cette première partie, Nadia commence par annoncer la sortie de l’ebook Menu Ramadan – édition 2026. Elle explique que cet ebook a été conçu pour alléger la charge mentale liée à l’organisation des repas pendant le mois de Ramadan, en proposant un mois complet de menus adaptés au jeûne, à l’énergie et à l’équilibre nutritionnel. Pour les personnes équipées d’un Thermomix, chaque menu inclut des liens cliquables vers les recettes Cookidoo, permettant une importation directe sur l’appareil, une planification simplifiée des repas et la génération automatique de la liste de courses.

Elle précise également que l’ebook est accessible aux personnes ne disposant pas de Thermomix, grâce à des recettes équivalentes disponibles en ligne, respectant la même logique nutritionnelle. L’objectif est de réduire le nombre de décisions quotidiennes, favoriser la sérénité, améliorer l’organisation du Ramadan et préserver l’énergie et le temps, afin de se concentrer sur l’essentiel, à savoir la spiritualité. Les auditeurs sont invités à consulter le lien disponible via le Linktree dans la description de l’épisode ou directement sur le site consomuslime.com/Ramadan2026.

Présentation du podcast et de l’hôte (0:49)

Nadia introduit ensuite le podcast Minute Santé, qu’elle décrit comme un espace dédié à la prévention et à la compréhension des sujets de santé. Elle rappelle l’adage « mieux vaut prévenir que guérir » et se présente comme Nadia, médecin et blogueuse santé sur consomuslime.com, passionnée par la médecine et les alternatives naturelles. Elle exprime son souhait d’aider les auditeurs à prendre soin de leur santé en tenant compte de toutes les dimensions de leur vie, et les encourage à s’abonner au podcast pour ne manquer aucun épisode.

Introduction de l’invitée et thématique de l’épisode (1:42)

L’épisode est consacré au thème « soigner par le jeûne ». Nadia annonce avoir invité Fayza, médecin généraliste, pour échanger autour de cette thématique. Elle lui souhaite la bienvenue et introduit le dialogue.

Parcours de Fayza et intérêt pour le jeûne (1:58)

Fayza se présente comme médecin généraliste de 27 ans, exerçant dans plusieurs cabinets de médecine de ville. Elle explique que son expérience du jeûne a commencé dès l’enfance avec le jeûne du Ramadan, pratiqué dans un cadre religieux. Au cours de ses études de médecine, elle s’est interrogée sur les effets du jeûne sur le corps et s’est intéressée aux données scientifiques disponibles, notamment après avoir découvert le documentaire d’Arte « Soigné par le jeûne ». Elle souligne que cette exploration lui a permis de constater l’existence de bases scientifiques autour du jeûne.

Le jeûne et la recherche médicale (3:21)

Fayza explique qu’elle s’est demandé comment les musulmans pouvaient tirer un maximum de bénéfices santé du jeûne du Ramadan. Cette réflexion l’a conduite à choisir ce sujet pour sa thèse, non pas sous l’angle direct des effets thérapeutiques, mais en se concentrant sur les effets indésirables et la sécurité du jeûne chez les personnes âgées. Elle précise que le jeûne est un sujet fréquent en consultation, en particulier chez les patients musulmans âgés pour qui le Ramadan revêt une importance majeure. Ses recherches visent à mieux accompagner ces patients et à leur apporter des conseils adaptés, notamment dans des situations délicates impliquant l’âge ou des maladies chroniques.

Bénéfices observés du jeûne (4:29)

Interrogée sur les bénéfices du jeûne, Fayza indique que son expérience clinique reste limitée en raison de sa pratique récente et d’une patientèle peu représentative pour le moment. En revanche, elle partage son expérience personnelle, notamment durant ses années d’études. Elle rapporte avoir constaté une amélioration de sa concentration, de sa mémoire et de son efficacité intellectuelle pendant le jeûne du Ramadan, avec une sensation de fatigue moindre. Elle ajoute qu’une alimentation équilibrée associée au jeûne renforce encore les bénéfices, notamment sur l’énergie et la gestion de la fatigue.

Nadia partage un ressenti similaire, évoquant la diminution de la charge mentale liée à l’alimentation et une meilleure disponibilité pour les objectifs spirituels et intellectuels, particulièrement durant la période des études.

Les différents types de jeûnes (6:59)

Fayza présente ensuite les principaux types de jeûnes existants. Elle décrit le jeûne total ou sec, comme celui du Ramadan, impliquant une abstinence totale de nourriture et de boisson. Elle évoque ensuite le jeûne hydrique, qui autorise la consommation d’eau, d’infusions ou de jus. Elle mentionne le jeûne de Buchinger, pratiqué notamment dans une clinique en Allemagne, qui inclut des bouillons, des jus, du miel, et s’accompagne d’une approche holistique intégrant activité physique et méditation. Enfin, elle aborde les jeûnes intermittents, très populaires, consistant à manger sur une plage horaire restreinte, souvent de midi à 18 heures, ce qui s’apparente à un jeûne nocturne inversé par rapport au Ramadan.

Bases scientifiques du jeûne thérapeutique (8:33)

Pour conclure cette partie, Fayza aborde les bases scientifiques et médicales du jeûne thérapeutique. Elle souligne le manque d’études randomisées et contrôlées de grande ampleur chez l’être humain, et précise que les données disponibles restent limitées et peu robustes pour formuler des recommandations générales. Néanmoins, elle indique que certaines tendances positives émergent de la littérature scientifique existante, même si des recherches plus solides seraient nécessaires pour confirmer ces observations. Elle commence à évoquer des exemples d’études, notamment chez des patients asthmatiques en surpoids, introduisant ainsi la suite de la discussion.

Effets du jeûne sur l’inflammation et les pathologies respiratoires (9:18)

La discussion reprend sur une étude portant sur le jeûne intermittent pratiqué pendant huit semaines chez des patients asthmatiques en surpoids. Les résultats montrent une amélioration de la fonction pulmonaire, avec une augmentation de la force expiratoire et une meilleure réponse bronchique. Une diminution des marqueurs du stress oxydatif est également observée, traduisant une réduction de l’inflammation pulmonaire. Ces résultats suggèrent que le jeûne peut avoir un effet bénéfique sur les poumons.

Nadia réagit en exprimant son intérêt personnel, étant elle-même asthmatique, et souligne que le jeûne du Ramadan constitue pour les musulmans une prescription divine dont il convient de tirer le maximum de bénéfices. Fayza précise que, en l’absence de contre-indication médicale, le jeûne du Ramadan devrait idéalement s’accompagner d’un plan alimentaire, d’une activité physique adaptée et de pratiques comme la méditation, afin d’optimiser ses effets sur la santé physique. Elle insiste sur l’importance de l’intention, qui doit rester tournée vers l’adoration d’Allah, les données scientifiques venant surtout renforcer et rassurer les croyants quant aux bienfaits potentiels du jeûne.

Jeûne et pathologies inflammatoires articulaires (10:23)

Fayza évoque ensuite une étude menée chez 27 femmes souffrant de pathologies rhumatismales. Ces femmes ont pratiqué un jeûne de 7 à 10 jours, probablement hydrique, suivi d’une alimentation végétalienne pendant environ trois mois. Elle reconnaît ne pas se souvenir précisément du type exact de jeûne utilisé, soulignant au passage que la majorité des études portent sur des jeûnes hydriques.

Elle explique que la diversité des protocoles de jeûne constitue une difficulté majeure dans l’interprétation des résultats scientifiques. Les études analysent des jeûnes très différents — hydriques, secs, hypocaloriques ou avec apports alimentaires limités — ce qui rend complexe l’élaboration de conclusions générales. Malgré cela, des tendances positives se dégagent. Dans cette étude spécifique, les participantes ont présenté une amélioration des raideurs matinales, une diminution des douleurs articulaires et une amélioration globale de la qualité de vie.

Le rôle central de l’inflammation (11:39)

Fayza souligne que ces améliorations semblent liées à une diminution de l’inflammation, illustrée notamment par une baisse de la CRP. Elle fait le lien avec l’asthme, rappelant que l’inflammation chronique joue également un rôle clé au niveau des bronches. Elle observe que de nombreux bénéfices du jeûne convergent autour de ce mécanisme inflammatoire, quelle que soit la pathologie étudiée.

Elle ajoute que, sur le plan digestif, le jeûne peut améliorer le microbiote intestinal en favorisant les bactéries bénéfiques, créant ainsi un environnement digestif plus anti-inflammatoire. Cela pourrait se traduire par une amélioration de la qualité de vie chez les personnes souffrant de maladies inflammatoires de l’intestin ou de troubles digestifs. Elle insiste toutefois sur le caractère prometteur mais encore insuffisant de ces résultats, faute d’études de grande ampleur incluant un nombre plus important de patients.

Spécificités des études sur le Ramadan (13:06)

Nadia partage son constat issu de ses propres recherches bibliographiques : les études occidentales portent majoritairement sur le jeûne hydrique ou intermittent, tandis que certaines études menées dans les pays du Maghreb s’intéressent spécifiquement au jeûne du Ramadan. Elle cite notamment une étude algérienne ayant observé une diminution de l’incidence des AVC pendant le mois de Ramadan.

Elle rappelle néanmoins que ces bénéfices ne peuvent être observés que si le jeûne est correctement conduit. Un jeûne caractérisé par des excès alimentaires le soir, une consommation importante de produits ultra-transformés ou de plats très gras risque de biaiser les résultats et d’annuler les effets positifs attendus.

Importance de l’alimentation pendant le Ramadan (13:46)

Fayza abonde dans ce sens et souligne que, même dans des études menées chez des patients musulmans, une alimentation déséquilibrée peut fausser les conclusions. Elle explique que, culturellement, certaines cuisines traditionnelles du Maghreb ou de Turquie sont riches et grasses, ce qui peut rapidement compenser, voire dépasser, le déficit calorique induit par 16 heures de jeûne. Elle regrette l’absence d’études portant sur des personnes jeûnant le Ramadan tout en suivant une alimentation saine, équilibrée et bien conduite.

Intégrer le jeûne dans un mode de vie sain (14:29)

Interrogée sur la manière d’intégrer le jeûne dans un mode de vie équilibré, Fayza insiste sur l’importance de la préparation en amont. Selon elle, il est préférable d’adopter une alimentation saine avant l’arrivée du Ramadan, avec un éventuel rééquilibrage alimentaire, afin de limiter les difficultés pendant le mois de jeûne.

Elle met en avant l’équilibre et la modération comme principes fondamentaux. Elle explique qu’il est irréaliste et contre-productif de viser une alimentation parfaite, et recommande plutôt une approche à 80 % d’alimentation équilibrée et 20 % de flexibilité et de plaisir. Elle souligne que le plaisir alimentaire fait partie intégrante de l’équilibre global.

Santé globale et dimension sociale (16:03)

Fayza alerte sur les risques d’une restriction excessive, qui peut engendrer des frustrations et conduire à des troubles du comportement alimentaire tels que la boulimie ou l’hyperphagie. Elle rappelle que la santé ne se limite pas à la dimension physique : l’OMS inclut également la santé mentale et la santé sociale. Se priver systématiquement des plats partagés en famille ou entre proches peut nuire à ces dimensions essentielles du bien-être.

Elle explique que les repas festifs et les invitations font partie de la vie sociale et n’ont rien de problématique tant qu’ils restent occasionnels. L’essentiel est d’éviter qu’ils deviennent la norme quotidienne et de ne pas culpabiliser après un repas plus copieux. Elle insiste sur la nécessité d’éviter les cercles vicieux de culpabilité et de compensation, et de toujours revenir à une notion d’équilibre.

Exemples concrets et transition vers les conseils pratiques (17:19)

Nadia partage son approche personnelle, consistant à goûter un peu de chaque plat en petite quantité lors des repas familiaux, afin de faire plaisir sans excès. Cette stratégie lui permet de participer pleinement aux moments de convivialité tout en respectant son équilibre alimentaire.

La discussion se conclut par une transition vers la question suivante : après avoir évoqué la préparation en amont du Ramadan, Nadia interroge Fayza sur les étapes concrètes à suivre pour jeûner en pleine santé pendant le mois de Ramadan. Fayza commence alors à introduire l’importance du repas du sahour, ouvrant sur la suite de l’épisode.

Le repas du sahour : prévenir la fatigue et l’hypoglycémie (18:35)

Fayza explique que le repas du sahour joue un rôle déterminant dans la capacité à tenir la journée de jeûne sans coups de fatigue, fringales ou hypoglycémies. Elle insiste sur l’importance d’éviter les aliments qui provoquent des pics glycémiques rapides, suivis de chutes d’énergie. Pour cela, elle recommande de privilégier les bonnes graisses, comme l’avocat, les oléagineux et le poisson, qui apportent une énergie plus stable et durable.

Elle conseille également d’éviter les aliments difficiles à digérer, en particulier la viande rouge, qui fatigue le système digestif. Une digestion lourde dès le début de la journée consomme de l’énergie et augmente la sensation de fatigue. Il est donc préférable de choisir des aliments digestes et légers, tout en assurant un apport suffisant en protéines, notamment via les œufs et le poisson.

Choix alimentaires au sahour et erreurs fréquentes (18:41)

Fayza précise qu’il ne s’agit pas de supprimer totalement les féculents, surtout chez les personnes qui y sont habituées, mais d’éviter les excès et surtout les féculents raffinés comme le riz blanc, la farine blanche ou le pain blanc. Elle met également en garde contre les aliments sucrés consommés au sahour, tels que les céréales du petit-déjeuner, qui ne permettent pas de maintenir une énergie stable sur toute la journée et favorisent les fringales.

L’objectif du sahour est donc d’apporter une énergie durable, sans surcharger l’organisme, afin de limiter les coups de barre et les sensations de faim excessive au cours de la journée de jeûne.

L’iftar : rompre le jeûne avec douceur (19:36)

Concernant l’iftar, Fayza rappelle l’importance de rompre le jeûne avec des aliments légers et faciles à digérer. Elle évoque la tradition prophétique consistant à rompre le jeûne avec une datte fraîche et des concombres, mettant en avant les fruits et les crudités, qui sont rapidement assimilés par l’organisme. Elle recommande de marquer une pause après la rupture du jeûne, par exemple en allant prier, afin de laisser à l’estomac le temps de se remettre en marche en douceur après plus de 16 heures de repos.

Elle met en garde contre les ruptures de jeûne trop lourdes, comme la consommation immédiate de plats très gras ou ultra-transformés, qui fatiguent l’estomac et peuvent entraîner un inconfort digestif important. Selon elle, cela va à l’encontre des bénéfices recherchés du jeûne.

Composition idéale du repas de l’iftar (20:54)

Fayza détaille ensuite la composition d’un repas équilibré à l’iftar. Elle recommande de réserver environ un quart de l’assiette aux féculents, un quart aux protéines et la moitié aux légumes. Les féculents ont davantage leur place à l’iftar qu’au sahour, mais sans excès. Une alimentation équilibrée permet d’éviter les ballonnements et l’inconfort, et facilite la pratique de la prière de Tarawih sans essoufflement ni somnolence.

Elle souligne également que des repas plus légers favorisent un meilleur sommeil, un enjeu fréquent pendant le mois de Ramadan.

Hydratation : régularité et écoute du corps (21:24)

Sur la question de l’hydratation, Fayza insiste sur la nécessité d’éviter de boire de grandes quantités d’eau en peu de temps. Après une longue période de jeûne, l’estomac et les reins ont été au repos, et une ingestion massive d’eau est inefficace et potentiellement néfaste, car l’organisme ne peut pas stocker l’eau consommée trop rapidement.

Elle recommande plutôt d’étaler l’hydratation sur toute la soirée, en buvant régulièrement de petites quantités. Elle suggère par exemple d’emporter une bouteille d’eau à la mosquée ou de garder une gourde à portée de main, afin de boire quelques gorgées jusqu’au coucher. Elle précise qu’il faut rester à l’écoute de sa sensation de soif, tout en étant conscient que certaines personnes ressentent peu la soif, notamment en période hivernale, ce qui rend l’hydratation régulière d’autant plus importante.

Conclusion et mot de la fin (22:38)

Nadia remercie Fayza pour son intervention qu’elle qualifie de riche et enrichissante. Comme le veut la tradition du podcast, Fayza conclut par un message de clôture, souhaitant à toutes et à tous un Ramadan en pleine santé. Elle rappelle que le jeûne consiste à priver le corps pour nourrir l’âme.

Nadia conclut l’épisode en remerciant les auditeurs pour leur écoute, les encourage à partager l’épisode, à s’abonner au podcast et à laisser un commentaire sur Apple Podcasts. Elle les invite enfin à prendre soin de leur santé et leur donne rendez-vous pour un prochain épisode du podcast Minute Santé.

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